Porto #6
Après une nuit agitée – probablement due à ce thé noir bu un peu trop tard –, la matinée commence sur les chapeaux de roue. Réveil précipité à 8h30 pour être à l’heure à la librairie Lello, qui ouvre à 9h. Sur place, la foule est déjà bien présente, mais heureusement, nous avons pris nos précautions : nous faisons partie de la première vague de visiteurs et entrons assez rapidement, tout le monde ayant visiblement déjà son ticket en poche. Une bonne stratégie pour éviter une attente interminable.
Dès l’entrée, l’atmosphère est saisissante. La librairie est un véritable bijou architectural : plafonds sculptés, escaliers ondulants d’un rouge profond, immenses étagères de bois et vitraux colorés qui filtrent la lumière naturelle. Chaque détail semble tout droit sorti d’un décor de film. Mais l’émerveillement est quelque peu tempéré par l’affluence : l’espace est bondé, chacun tentant de capturer la meilleure photo, ce qui rend l’expérience un brin oppressante.
La visite dure près d’une heure, le temps d’explorer les rayonnages et d’observer les éditions élégantes qui peuplent les étagères. Le système mis en place par la librairie est ingénieux : le ticket d’entrée, d’une valeur d’environ 10 euros, est déductible de l’achat d’un livre. Un moyen efficace d’inciter les visiteurs à repartir avec un ouvrage et de soutenir cette institution historique. Finalement, nous optons pour un petit livre de Saint-Exupéry, qui viendra s’ajouter aux deux autres déjà présents dans ma bibliothèque, ainsi qu’un ouvrage illustré sur les azulejos de Porto, dont les images peuvent être transformées en cartes postales.
La Librairie Lello : Un joyau littéraire de Porto
Considérée comme l’une des plus belles librairies du monde, la Librairie Lello a ouvert ses portes en 1906 et incarne depuis plus d’un siècle l’élégance de l’architecture néogothique. Son escalier emblématique et son plafond finement sculpté lui confèrent une atmosphère unique, qui aurait inspiré J.K. Rowling lors de son séjour à Porto dans les années 1990. L’auteure y aurait puisé certaines idées pour les décors de la saga Harry Potter, notamment l’aspect magique de la librairie Flourish & Blotts.
Bien que la librairie ait toujours été un lieu apprécié des amateurs de littérature, elle a connu des périodes difficiles sur le plan économique. Pendant longtemps, elle peinait à attirer des acheteurs malgré son attrait architectural. Ce n’est qu’avec la montée en popularité de Harry Potter et la révélation de son lien avec J.K. Rowling que la Librairie Lello est devenue une attraction touristique majeure. Cependant, cette soudaine célébrité a d’abord eu un effet paradoxal : les visiteurs venaient en masse pour admirer le lieu et prendre des photos, mais très peu achetaient réellement des livres.
Pour pallier ce problème, la librairie a mis en place un système de ticket payant, dont le montant est déductible d’un achat. Cette initiative a permis de concilier l’afflux touristique avec son rôle premier de librairie, assurant ainsi sa pérennité tout en offrant aux visiteurs une expérience plus immersive et engageante. Aujourd’hui, la Librairie Lello est non seulement un symbole de Porto, mais aussi un exemple de préservation culturelle réussie.
Sous le soleil de Porto
En sortant de la Librairie Lello, on décide de retourner chez Base, notre café en plein-air coup de cœur du séjour. La journée est superbe, sans doute la plus belle depuis notre arrivée à Porto : un grand ciel bleu, un soleil éclatant, une température parfaite pour flâner en ville. Autant en profiter un maximum.
Mais mauvaise surprise, Base est fermé. Pas grave, on passe en mode plan B et on repère un petit café juste en dessous, à côté de la Tour des Clérigos : Santa Gloria. L’endroit a l’air sympa, alors on s’installe et on commande deux cappuccinos accompagnés de deux pastel de nata, histoire de continuer notre quête du meilleur.
Au moment de payer, Dom met la main dans ses poches… et ne trouve pas son porte-monnaie. Poche de veste, pantalon, pull… rien. La panique monte : s’est-il fait pickpocketer ? L’espace de quelques secondes, il s’imagine déjà devoir faire opposition à ses cartes, annuler tout, galérer pour le reste du voyage. Mais Tara intervient, garde son calme et décide de fouiller dans son sac. Et bien sûr, elle retrouve le porte-monnaie en quelques secondes.
L’explication est simple : à la Librairie Lello, il fallait porter son sac à l’avant. Et au moment de payer les livres, Dom a rangé son porte-monnaie mécaniquement dans la poche du sac, plutôt que dans sa veste comme il en a l’habitude. Un automatisme qui lui a fait croire au pire. Faux stress, mais bonne leçon.
Détendus après cette frayeur, on savoure nos cafés et nos pastel de nata. Malheureusement, ceux-ci ne sont pas à la hauteur de nos attentes. La pâte est trop molle à notre goût… Rien à voir avec ceux qu’on a dégustés à Manteigaria ou ceux que nous avons préparés nous-mêmes lors du cours de cuisine la veille. Au moins, on commence à vraiment comprendre ce qui distingue un bon pastel d’un mauvais. Expérience validée.
Ascension de Torre des Clérigos ; une belle vue dans un espace trop exigu
Après notre pause café, nous nous sommes dirigés vers la Torre dos Clérigos, l’un des monuments les plus emblématiques de Porto. Avant de commencer l’ascension, nous avons pris le temps d’en apprendre un peu plus sur son histoire et sur l’architecte qui l’a conçue : l’Italien Nicolau Nasoni, dont l’influence sur l’architecture portugaise est considérable.
Nicolau Nasoni : L’Italien qui a marqué Porto
Nicolau Nasoni (1691-1773) est un architecte et peintre italien qui a profondément influencé le paysage architectural de Porto. Arrivé au Portugal en 1725 pour travailler sur la décoration de la cathédrale de Porto, il y restera pour y mener une carrière prolifique. Maître du style baroque, il est à l’origine de nombreux bâtiments emblématiques de la ville, dont l’Église et la Tour des Clérigos, le Palais de l’Évêché et plusieurs demeures nobles. Son style se caractérise par une richesse ornementale, des façades travaillées et un usage dynamique des formes. Bien qu’ayant laissé un héritage architectural immense à Porto, Nasoni n’a jamais connu la reconnaissance qu’il méritait de son vivant et est mort dans une relative discrétion.
Une fois à l’intérieur, nous avons entamé la montée à travers des escaliers en colimaçon et des couloirs étroits. Dès les premiers mètres, il était déjà difficile de se croiser avec les autres visiteurs, et plus nous progressions, plus l’espace se réduisait. Arrivés tout en haut, la sensation d’enfermement était à son comble : une foule compacte s’accumulait sur la plateforme d’observation, rendant presque impossible toute circulation. Il n’y avait ni entrée ni sortie fluide, et l’effet de masse commençait à devenir franchement oppressant.
La Torre dos Clérigos : Un symbole de Porto
Construite entre 1754 et 1763, la Torre dos Clérigos est une œuvre majeure de l’architecte Nicolau Nasoni et un point de repère incontournable de Porto. Avec ses 76 mètres de hauteur, elle était autrefois la plus haute tour du Portugal et servait de phare aux marins naviguant sur le Douro. Son architecture baroque élégante, ses balcons sculptés et ses 225 marches en font une attraction touristique prisée. Aujourd’hui, elle offre l’une des plus belles vues panoramiques sur la ville, mais son exiguïté et la forte affluence rendent parfois la visite moins agréable.
La vue, pourtant magnifique, surplombait toute la ville avec ses toits rouges, le Douro scintillant au loin et les ponts mythiques reliant les deux rives. Mais entre la promiscuité et la difficulté à bouger, l’expérience s’est rapidement transformée en un moment de stress. L’impression de blocage, semblable à celle d’un mouvement de foule, a fini par me rendre nerveuse. Une fois redescendue, j’étais soulagée de retrouver un peu d’air et d’espace.
Pause Brunch chez les Hungry Bikers
Après l’expérience intense à la Torre dos Clérigos, une pause bien méritée s’imposait. Nous avons mis le cap sur le Floresta Café by Hungry Bikers, une adresse repérée plus tôt et réputée pour ses brunchs généreux.
Pour commencer en douceur, j’ai commandé un matcha tandis que Dom s’est laissé tenter par un Caramel Latte. Sans trop tarder, nous avons également choisi nos plats : un Salmon Toast pour Dom et des Burrata Waffles pour moi. Comme toujours, nous avons tout partagé, histoire de maximiser les découvertes gustatives.
Mais comme je suis d’humeur gourmande en voyage, j’ai voulu aller encore plus loin et tester un dessert – une rareté pour moi qui n’en prends quasiment jamais. Sur la carte, je repère un French Toast dans la section sucrée et je me dis que c’est l’occasion parfaite pour finir sur une touche sucrée. Sauf que… qui dit sucré ne veut pas forcément dire « dessert léger ». J’ai donc vu arriver devant moi une assiette immense, bien loin de la portion attendue. Défi culinaire inattendu ! Heureusement, Dom est venu à ma rescousse pour m’aider à en venir à bout.
Nous avons ensuite terminé ce brunch copieux avec deux expressos avant de repartir, prêts pour la suite de nos explorations.
Panorama inoubliable au-dessus du pont
Requinqués après notre brunch, nous avons poursuivi notre exploration en nous rendant à l’Igreja do Mosteiro da Serra do Pilar. Cette journée ensoleillée, la plus belle de notre séjour jusqu’à présent, nous a donné encore plus envie de profiter des panoramas que Porto a à offrir.
Situé sur une colline surplombant la ville et le célèbre pont Dom Luís I, ce lieu offre une vue absolument incroyable sur le Douro et les toits colorés de Porto. L’endroit en lui-même est déjà impressionnant, avec son architecture imposante et son histoire marquée. Mais avec cette lumière dorée et ce ciel d’un bleu éclatant, le moment était encore plus magique.
Nous avons pris le temps de savourer cette parenthèse ensoleillée, nous imprégnant du paysage et appréciant simplement le fait d’être là, dans ce cadre grandiose. Après plusieurs jours de météo capricieuse, cette vue sous un ciel dégagé avait une saveur toute particulière.
Igreja do Mosteiro da Serra do Pilar, un trésor historique sur les hauteurs de Porto
L’Igreja do Mosteiro da Serra do Pilar est un ancien monastère augustin datant du XVIe siècle, perché sur les hauteurs de Vila Nova de Gaia. Il est surtout connu pour son église circulaire unique au Portugal, inspirée du Panthéon de Rome.
Ce site a joué un rôle stratégique lors du siège de Porto (1832-1833), lorsque les forces libérales s’y sont retranchées pour défendre la ville contre les troupes absolutistes. Aujourd’hui, il est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et offre l’un des plus beaux panoramas sur Porto et le Douro.
Flâneries, châtaignes et Golden Hour à Porto
Après avoir admiré une dernière fois la vue depuis l’Igreja do Mosteiro da Serra do Pilar, nous avons entamé notre descente vers Porto. Nous avons traversé à nouveau le Ponte Dom Luís I, profitant une fois de plus du spectacle qu’offre ce pont emblématique sous le soleil éclatant de cette journée exceptionnelle.
Petite étape pratique : après plusieurs jours à ne payer que par carte, nous avons enfin retiré nos premiers euros en cash. Et cela tombait bien, car depuis notre arrivée, je lorgnais sur les châtaignes grillées des vendeurs ambulants sans pouvoir en acheter. Cette fois, plus d’excuse ! J’ai enfin pu savourer mes châtaignes en me promenant, profitant du plaisir simple de déguster ces douceurs sous un soleil radieux.
Le reste de l’après-midi a été consacré à l’exploration de différents quartiers de Porto, en prenant notre temps pour observer l’ambiance, les ruelles pittoresques et l’architecture. Nous avons également emprunté le funiculaire pour la première fois, une expérience agréable qui nous a offert de nouvelles perspectives sur la ville. J’en ai profité pour capturer encore plus de clichés, Porto se prêtant particulièrement bien à la photographie avec ses couleurs et ses jeux de lumière.
En fin de journée, nous avons eu la chance d’assister à une Golden Hour parfaite. La lumière dorée sublimait les façades des bâtiments et l’atmosphère était tout simplement magique. Nous avons pris le temps de capturer quelques photos de nous avant de nous diriger vers Prometheus, une boutique de souvenirs où nous avons trouvé quelques trésors à ramener.
Les souvenirs bien en sécurité, il ne nous restait plus qu’à nous rendre directement à notre restaurant du soir, prêts pour un nouveau moment gourmand.
Dîner chez Brasão Aliados : à la découverte de la Francesinha
Pour notre dernier repas de la journée, nous avons suivi les recommandations unanimes de nos amis, de notre hôte Airbnb et même de notre professeur de pastel de nata : direction Brasão Aliados, une institution de la cuisine portugaise.
En entrée, nous avons opté pour une Croquete de Carne et un Rissol de Carne, Cogumelos e Trufa. Et quelle claque ! Tout était parfaitement équilibré, à tel point que j’aurais pu me contenter de ces petites merveilles. Mais nous étions ici pour tester LA spécialité du restaurant : la Francesinha.
Dom s’est lancé dans l’expérience en commandant ce fameux sandwich emblématique de Porto, tandis que j’ai préféré rester plus sage avec des ribs de porc. Comme prévu, la Francesinha s’est révélée être un plat copieux, gras et intense. Si Dom a apprécié, de mon côté, ce n’est définitivement pas ma tasse de thé. Trop lourd, trop riche, et pas assez intéressant d’un point de vue culinaire. Peut-être aussi que mon brunch était encore trop présent dans mon estomac pour en profiter pleinement.
Repus – et le mot est faible – nous avons décidé de rentrer à l’appartement en roulant, au sens presque littéral du terme. Une journée bien remplie, tant en découvertes qu’en gourmandises, qui nous a laissé repus et heureux.